Zombie nation

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Après avoir nourri nos cauchemars et été l’un des topics des films d’épouvante dès la fin des années soixante, ils envahissent depuis quelques années le net, la télévision et les consoles de jeu. Et dans leur ascension vers le buzz ils sont insatiables.

Mais qui sont-ils ?

Etres mythiques ressurgis d’entre les morts pour tourmenter les vivants et, bien entendu, friands de chair humaine. Née de croyances européennes médiévales et de certains cultes religieux d’origine africaine ou haïtienne comme le vaudou, son image hante l’imaginaire occidental depuis des centaines d’années. Autrefois homme, décédé puis revenu d’entre les morts, il n’est plus qu’amas de chair en putréfaction animée par des instincts animaux et dénuée de conscience. Inutile donc de tenter de le raisonner, face à lui, deux solutions : la fuite, ou, nettement plus radicale (cette version a été fortement développée dans l’univers vidéo-ludique et cinématographique) la mise à mort par un tir en pleine tête, voire, selon les armes disponibles, la décapitation.

Vous l’aurez certainement deviné à ce stade : nous parlons bel et bien des zombies.

Le premier cinéaste moderne à percevoir l’ampleur du potentiel fantasmagorique du personnage du zombie est sans aucun doute l’américain George Andrew Romero. Il a donné vie au culte du zombie sur grand écran avec des films devenus légendaires comme La nuit des morts vivants (1968), Zombie (1978) ou le récent Diary of the Dead (2008).

Mais la fièvre zombie ne se limite pas au 7ème art. Ces dernières années, le petit écran a été victime de la contagion du phénomène morts-vivants avec l’apparition de séries télévisées telles que Dead Set (mini série anglaise de 2008, mettant en scène les participants d’un jeu télévisé, cloitrés dans un loft et ignorants du chaos qui règne à l’extérieur), mais surtout avec celle de son héritière The Walking Dead, adaptation du comic book a succès du même nom (il s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires en France, un véritable carton dans l’univers des comics) dont la deuxième saison, qui débarque chez nous en Octobre, semble vouloir confirmer le succès public de la première ( rappelons que la diffusion de l’épisode pilote avait réunit pas moins de 5,3 millions de spectateurs aux Etats-Unis).

Côté petit écran, l’univers du videogaming n’est pas en reste.

En dehors de l’incontournable saga Resident Evil, qui a envahi le marché mondial de versions successives depuis ses débuts en 1996, et qui fut adaptée au cinéma en quatre opus, des titres tels que The house of the Dead ou récemment Left 4 Dead Redemption ont contribué à faire du zombie l’un des ennemis les plus acharnés des héros de l’univers video-ludique. Ils ont bien entendu flirté avec les sommets des ventes.

Mais pourquoi un tel retour en force de la figure du zombie ces dernières années ?

Il est d’ailleurs à noter qu’il rentre en compétition avec la figure du vampire, plus glamour certes, et très en vogue dernièrement avec côté librairie les ouvrages d’Anne Rice, ou côté toile l’incontournable saga Twilight. Ce nouvel engouement pour la figure du zombie tient peut être à sa force symbolique, déjà identifiée et utilisée par Romero, pour évoquer les thèmes du racisme et du rejet de la différence, de la société de consommation et de ses dérives, ou encore de la sur-médiatisation.

Et ce n’est pas un hasard si le développement des préoccupations civiles et politiques liées à ces thématiques ces dernières années vont de pair avec la croissance de l’audimat ou du lectorat des œuvres mettant en scène les zombies. Alors, plus qu’un simple phénomène de mode, le zombie ne serait t’il pas le nouveau symbole d’une société occidentale en décomposition, guidée par ses instincts primaires et inapte à s’en détacher pour penser sa survie à long terme… ?

Article : Anaïs Rouyer

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