Mon pote nanar

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Daube, navet, croûte… Les métaphores culinaires abondent pour désigner ce que l’on connait plus généralement sous l’apellation générique de nanar. Le fameux nanar, ce film dans le meilleur des cas insipide et dans le pire indigeste, mais auquel nous avons tous goûté un jour ou l’autre.

Les motivations conduisant à la consommation du nanar sont très diverses, de même que les façons de le déguster. Fringale cinématograhique irreprescible un jour de programme creux. Désir de « ne pas se prendre la tête ». Délicieuse tentation de junk food télévisuelle, du dimanche soir, boulimie de téléchargement voire goût prononcé pour l’esthétique et le millième degré. Chacun n’apprécie pas le nanar de la même manière.

Le cinéphile floué sur la marchandise regrettera un investissement monétaire à perte. Le flemmard du dimanche soir appréciera souvent l’harmonie existant entre l’artificialité du scénario et celle de la saveur des chips qu’il grignotte au fond de son canapé.

Le geek amateur de séries Z se délectera avec gourmandise des décors en carton pâte, des problèmes récurrents de synchronisation des dialogues, du manque de talent pathétique des acteurs et de l’incongruité du propos.En tenant compte de la variété du public des nanars, on se rend néanmoins compte de l’importance de la demande.

Il existe en effet un marché du nanar d’une ampleur non négligeable, et la pauvreté du scénario n’a parfois d’égal que la richesse du producteur. Car le nanar, laissant de côté nombre de prétentions artistiques, économise tant sur le cachet des acteurs, médiocres, sur la création des décors ou des costumes, minimalistes, sur les frais de tournage, généralement effectué en studios. Ainsi, avec un investissement minimum, le bénéfice est amplifié, et l’escarcelle des producteurs et des réalisateurs est bien remplie. Certaines sociétés de production comme Troma ont ansi fait de la production volontaire de nanars leur fond de commerce.

L’industrie des nanars est en effet florissante, et les fans décomplexés et revendiqués affichent désormais avec une fierté grandissante leur amour du genre.

De nombreux blogs et sites webs, comme le délectable Nanarland.com, proposent ainsi listings et critiques des meilleurs nanars, et les internautes se délectent des commentaires truculents.

Anonymes et célébrités clament également leur affection pour la série B, voire Z et le mauvais mélo, et nombre de grands réalisateurs déclarent que ces films ont été pour eux une source intarrissable d’inspiration. Quentin Tarentino, et son acolyte Robert Rodriguez, ont ainsi mis sur pieds le projet Grindhouse, rendant ainsi hommage aux nanars version seventies et hispano-américaine, en réalisant et poduisant Death Proof, Planet Terror et Machee, véritables odes au genre et succès au box office, devenus cultes grâce aux litres de faux sang, aux bombas latinas et aux héros roulant des mécaniques barbouillées de cambouis en se lançant des vannes plus que douteuses.

Car pour séduire, Tarentino et Rodriguez tirent sur les ficelles qui nous attachent aux nanars. L’humour, l’esthétique vintage, les bombes atomiques, les effets spéciaux à deux dollars, les rebondissements scénaristiques improbables. Et on en redemande. Car le nanar, on l’aime, bien que souvent, par excès d’orgueil, on s’en défende avec des cris d’orfraie. Le nanar, c’est un peu notre bon vieux pote à tous. Il squatte souvent le canapé, il n’est pas très classe ni très sortable, ses vannes sont pourries et on ne comprend pas toujours ou il veut en venir. Mais il est plein de surprises et avec lui on se marre bien, et c’est pour ça qu’au fond, on l’adore.

Article : Anaïs Rouyer

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