La saveur du Maple Syrup

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Pour obtenir un cocktail politico-artistique détonnant, mélangez les ingrédients suivants : une bonne dose de sexe, une grande louche de féminisme, l’islamisme, le racisme… Et saupoudrez le tout d’un humour féroce, noir et cynique. Vous obtiendrez alors la matière hautement explosive qui emplit la caboche de baby-doll de la plasticienne britannique Sarah Maple, 26 ans au compteur, et de l’audace plein les poches.

Féministe pur jus, mais nouvelle mouture, c’est-à-dire avec nettement moins de poils et nettement plus de sex appeal que ces ancêtres, cette fille spirituelle de Peaches, élevée par une mère chrétienne et un père musulman, cache derrière ses grands yeux de biche le regard acéré d’un fauve du monde moderne.

Intéressée par les problématiques de l’inégalité des sexes et de la domination masculine, elle s’attaque à tous les domaines qui en sont la scène, passant à la moulinette de son humour féroce le monde du travail, les rapports homme/femme, la scène artistique, la religion.

Peu importe le média, car Sarah, qui a étudié les Beaux-arts à l’université de Kingston, est aussi à l’aise avec la photographie, la peinture ou la performance. Pour elle, le message est primordial, sa transmission est le but premier, quitte à choquer pour atteindre la cible. Que le support soit la toile, la vidéo, la pellicule ou la rue pour des performances très live, le ton reste le même, à la fois naïf et corrosif. Quelqu’en soit la nature, la pratique artistique de Miss Maple demeure toujours décomplexée et ludique, parfois proche de la démarche pop art, s’appropriant les symboles de la société capitaliste dont elle issue et qu’elle portraiture au vitriol.

N’hésitant pas à donner de sa personne en se mettant en scène dans des postures érotisées ou elle apparaît comme victime de la domination masculine, ou encore costumée en femme voilée et incarnant la pression du carcan religieux sur la gente féminine.

Elle joue également sur des icônes modernes et des signaux discordants, représentant par exemple des femmes voilées fumant des cigarettes ou dévorant goulument des bananes. En faisant appel à des codes visuels érotisés, à des symboles sexués : serre-tête à oreilles de lapin, porte-jaretelles, bananes, elle parle de sexe sans produire des images au contenu pornographique. Et c’est surement cela qui dérange et/ou séduit dans le travail de la jeune demoiselle.

On ne peut en effet pas s’attaquer à elle en dénonçant son Art comme vulgaire, ses oeuvres comme visuellement choquantes. Et pourtant, avec franchise et subtilité à la fois, elles disent franchement ce qu’elles veulent dire (l’usage de l’écrit est d’ailleurs récurrent) et le message jaillit avec force. Les hommes, les femmes, les islamistes, les politiques, tout le monde en prend pour son grade. La belle proclame qu’elle souhaite que son art nourrisse la réflexion. Et la recette marche. Remarquée dès 2007, elle remporte le trophée 4 New Sensations, et plus récemment, acquiert une renommée internationale avec des expositions à Munich, Amsterdam, Istanbul, Milan, Londres et Paris.

Les fans de la belle autour du monde semblent apprécier le clin d’oeil qu’elle leur fait, comme si elle nous disait, à travers son art : j’ai l’air de déconner, mais au fond vous savez bien ce que je veux dire. Oui Miss Maple, message reçu cinq sur cinq.

Tags: / Category: Art

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