Et si les journalistes arrêtaient avec leur bashing de Luc Besson ?

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Il est très facile de critiquer Luc Besson, les films qu’il réalise mais aussi ceux qu’il produit. Certains s’en donnent à cœur joie, très souvent à tort. Ce ne sera pas mon cas aujourd’hui. Ceux qui par principe le mettent plus bas que terre peuvent donc passer leur chemin. Même si lui et moi sommes presque voisins (nous habitons tous les deux la Normandie), je précise que je ne connais pas l’homme personnellement et que je ne possède aucune participation dans sa société EuropaCorp.

J’ai décidé d’écrire cette tribune aujourd’hui après avoir survolé quelques critiques du film Valérian et avoir relu une critique du film Lucy dans laquelle le journaliste conseillait (amicalement) à Luc Besson d’éviter de penser. Ces propos très durs m’interrogent encore : au-delà de la critique qualitative d’un film — légitime pour qui en exerce le métier — qu’est-ce qui peut bien pousser un journaliste à aller aussi loin et donner ce genre de conseil ? Comment peut-on demander à quelqu’un d’éviter de penser ? Ce genre de propos sous-entend que Luc Besson serait incapable de réfléchir ; un homme dénoué de toute intelligence, et par ricocher, d’imaginaire.

Pourtant, en plus de 30 ans de carrière, on ne peut vraiment pas dire que Luc Besson n’a pas fait preuve d’une imagination foisonnante. Tout au long de sa carrière de réalisateur, il n’a eu de cesse de créer et de nous faire rêver. C’est de cet imaginaire que sont issues les images qu’il a choisit de mettre sur pellicule, de façon plus ou moins détaché de la réalité.

J’ai découvert Le Grand Bleu quand j’avais 12 ans. Certains samedis, nos parents nous autorisaient mes sœurs et moi à louer un film que nous voulions vraiment regarder. A la fin des années 80, il fallait encore se déplacer dans un vidéo club pour trouver le film qui nous accompagnerait dans cette journée si particulière, synonyme d’évasion et de rêves. Encore aujourd’hui, je garde un souvenir ému de la sincérité de ce film, mais aussi de sa poésie, sans oublier la musique planante et culte d’Eric Serra (qui n’a jamais fredonné My Lady Blue ?). Le Grand Bleu reste et restera ma madeleine de Proust, mon rosebud, tout en étant bien plus qu’un souvenir : une émotion.

Quelques années plus tard, alors que j’étais jeune lycéen, je dévorais tous les mois le magazine de cinéma Première, captivé par une industrie — oui j’ose ce mot, veritable gros mot pour certains — en pleine mutation à l’époque. Les chiffres de la fréquentation des salles obscures venaient d’attendre un plus bas historique avec seulement 124,4 millions de spectateurs en 1994, année de la sortie de Léon. Et ce sont les multiplexes, plus modernes et installés le plus souvent en périphérie des villes qui ont en partie sauvé le cinéma. On oublie trop souvent de le dire.

Les années 90 ont aussi vu aussi le cinéma parachever sa mondialisation. A l’époque, peu de cinéastes français étaient alors capables de rivaliser avec les plus grands réalisateurs américains dans une compétition devenue internationale, et de s’imposer sur leur marché réputé impénétrable. Luc Besson a réussi cet exploit en 1997 avec Le Cinquième Élément qui démarra en tête du box office US lors de sa sortie et deviendra le plus gros succès d’un film français outre-atlantique jusqu’à la sortie de Taken, en 2008. Un peu comme si Luc Besson était l’un des seuls à avoir compris que l’économie et le monde du cinéma avaient changé de paradigme et qu’il fallait absolument s’adapter à une offre désormais mondialisée.

Mais la réussite du Cinquième Élément n’est pas seulement commerciale. Elle est aussi artistique. Deux notions qui sont souvent opposées l’une à l’autre. Dans la tête de la plupart des critiques de cinéma — et de bon nombre d’observateurs et de spectateurs aussi — un film commercial est forcément laid alors qu’un film d’auteur est forcément formidable, même s’il ne touche qu’un nombre confidentiel de spectateurs. Les choses sont ainsi. Pour beaucoup, le succès est vulgaire et le viser vous fait immédiatement passer pour un banquier avide d’argent.

Le véritable tour de force de Luc Besson avec Le Cinquième Élément est d’avoir réussi à réconcilier ces deux notions. C’est un film commercial assurément mais avec une approche artistique indéniable : les créatures du film ont été dessinés par Moebius et Jean-Claude Mézières, et les costumes ont été réalisés par Jean-Paul Gaultier. Des pointures dans leur domaine respectif.

Le début des années 2000 a été l’occasion pour Luc Besson de développer sa société EuropaCorp et de multiplier les productions grand public. Même si je ne suis pas fan de tous les films qui ont vu le jour depuis, je reconnais volontiers le flair et le savoir-faire du cinéaste pour produire des films qui ont tous — ou quasiment tous — rencontrer leur public. Au grand désespoir d’une partie des critiques et disons-le d’une caste, suspicieuse, accusant Luc Besson de préférer la rentabilité financière de ces films à leur réussite artistique. Toujours la même histoire…

Mais le plus beau projet de Luc Besson reste à mes yeux La Cité du cinéma, lancée en 2008 et qui sera inaugurée en 2012. La vie a voulu que je travaille à seulement 50 mètres de ces nouveaux plateaux de cinéma qui permettent désormais à la France de rivaliser avec ceux de Pinewood au Royaume-Uni ou de Cinecittà à Rome. La plupart des films français qui nécessitait jusqu’alors des studios était obligée de se délocaliser.

Mais la Cité du cinéma est bien plus qu’un lieu de tournage. Elle abrite également une école gratuite sans condition de diplôme formant de futurs réalisateurs et scénaristes, et L’École nationale supérieure Louis-Lumière spécialisé dans l’étude de la photographie et du son. C’est grâce à la ténacité de Luc Besson que la Cité du cinéma a pu voir le jour. Pour Alain Terzian, célèbre acteur et producteur de cinéma : “ce lieu va restructurer l’industrie du cinéma français car une partie des producteurs vont se caler sur les méthodes de travail des studios de Hollywood. Luc Besson est un visionnaire. Grâce à lui, nous n’aurons plus aucun complexe à avoir vis-à-vis des Américains. Il fait preuve d’un patriotisme incroyable » (Source : Le Figaro).

Je n’aurai pas dit mieux. Surtout que Luc Besson a pris des risques personnels pour mener à bien son projet qui lui a coûté plusieurs millions d’euros. Mais le prix n’est jamais trop élevé pour celui qui veut accomplir ses rêves.

« Valérian et la Cité des milles planètes« , le dernier film de Luc Besson, vient de sortir en France au cinéma. Il sort ce week-end aux USA.


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