Sextapes, sex art et scandales

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Une sextape peut-elle être considérée comme une oeuvre d’Art ? Spontanément, à cette question on aurait certainement tendance à opposer un non catégorique, voire offusqué. Mais n’allons pas vendre la peau du débat avant de l’avoir tué. Car la question n’est pas si prosaïque qu’il n’y paraît au premier abord, et mérite certainement une réflexion plus approfondie.

Certes, une sextape, c’est à première vue des gens dénudés menant des activités plus que douteuses, voire franchement pornographiques. Soit. Et les usagers d’internet qui tapent les mots clés Paris Hilton et sextape dans la fenêtre de leur moteur de recherche ne sont peut-être pas majoritairement titulaires d’un pass musées, je vous l’accorde. Evidemment, les moralistes et les bien pensants version grenouilles de bénitier crieront au scandale car, comme l’ont proclamé aussi bien Jesus que Serge Gainsbourg, l’amour physique est sans issue, et exhiber ses ébats sur la toile demeure, même au XXIème siècle, plutôt politiquement incorrect.

Pourtant, malgré le nombre non négligeable de ses détracteurs, l’enregistrement d’une sextape, et sa diffusion via internet, est une pratique qui prolifère depuis les années 2000.

Et en effet, la sextape peut avoir de sérieux atouts pour ses auteurs et protagonistes, bien qu’à l’inverse elle puisse également faire l’objet de véritables scandales médiatiques. La première motivation à la diffusion d’une sextape n’est en fait pas d’ordre libidineux du tout, bien que demeurant relativement terre à terre.

L’exhibitionnisme n’est en effet souvent pas une fin en soi, mais un moyen d’atteindre un but bien défini. Lequel ? Il s’agit de faire parler de soi afin d’acquérir une certaine notoriété. Pour cela, c’est prouvé, le média internet se révèle idéal, puisque accessible à tout un chacun. Et qu’est ce qui appâte le chaland sur internet ? Tout ce qui se révèle sulfureux et qui constitue un bon substrat aux ragots et aux scandales. Et dans le top 10 des topics qui présentent ces caractéristiques, on trouve bien entendu le sexe. Le sexe, roi polymorphe et tout puissant du monde du net. Pour nombre d’aspirantes starlettes, dont les talents pour la scène sont discutables, contrairement aux atouts dont les a dotées la nature ( ou leur chirurgien esthétique), il est aussi le moyen infaillible de faire sa publicité et parfois de voir s’entrouvrir les portes de la célébrité.

Voilà pourquoi, malgré les dérapages et les scandales à répétition, nombreux sont ceux qui exhibent leur vie sexuelle et leur corps de rêve sur le net dans l’espoir de faire le buzz, et pourquoi pas d’être repérés par les professionnels du monde de l’art ou du spectacle.

Et ça marche. Combien de jeunes starlettes ont été projettées de l’ombre à la lumière grâce à un habile dénuement vestimentaire….disons pudiquement, et sans citer de noms, un certain nombre. Mais ce qui est plus étonnant, c’est que des artistes confirmés, dont la plastique est moins remarquable, et le talent plus affirmé, s’adonnent à des pratiques identiques et produisent des vidéos similaires, qui ne sont pourtant pas classées dans la catégorie sextape.

De nombreux vidéastes, cinéastes, performers, produisent en effet des vidéos à caractère pornographique, ou se produisent dans des shows filmés ou ils se livrent à des actes sexuels. Toute une lignée d’artistes a en effet depuis plusieurs décennies choisi le sexe comme sujet principal de réflexion. Un travail sur la sexualité qui s’articule souvent autour de supports iconographiques, d’abord des photos, puis, avec l’émergence de la vidéo, des films. Aujourd’hui, une nouvelle génération de jeunes artistes émerge en revendiquant le sexe non seulement comme un sujet d’exploration esthétique et artistique, mais aussi comme une véritable arme de combat, politisée et contestataire.

Ce mouvement est baptisé sex art, et comme par hasard, célèbre souvent le règne des femmes sur le monde du sexe. Regroupant des performeuses, photographes, vidéastes, s’adonnant à des pratiques aussi diverses que le strip-tease burlesque, le bondage, la photo porno, la peinture ou la vidéo, ce mouvement regroupe des artistes ayant en commun le désir de vouloir transmettre un message politique et social à travers leur art. Parmi elles, on compte la performeuse Marie-Claire Cordat, la photographe et cinéaste Emilie Jouvet, dont le premier long métrage « Too much pussy : feminists sluts in the queer X show » est sorti cet été, ou encore la britannique déjantée Sarah Maple. Le corps comme objet de liberté, de plaisir et de revendication, c’est ce que proclament ces artistes proches des milieux lesbiens et gays, queer, féministes…voire anarchistes. Car faire ce que l’on veut de son corps, l’assumer et le montrer sans honte, c’est aussi revendiquer une liberté d’action et une reconnaissance sociale et politique de l’individu sexué dans son unicité.

On a également pu voir des chorégraphes s’approprier la sexualité, comme Pascal Rambert avec son spectacle Libido Sciendi, crée en 2008 et interdit aux moins de 18 ans car présentant des danseurs nus dans une mise en scène pour le moins érotisée.

En plongeant plus avant dans les motivations de ses artistes, on comprend aisément pourquoi ces vidéos aux contenus explicites sont considérées comme des oeuvres d’Art et non comme des productions pornographiques. Mais si une vidéo au contenu pornographique peut se révéler bien plus qu’un simple objet de luxure, une création artistique et un média vecteur d’un message, n’y a t’il pas un sens à chercher derrière les images pornographiques des sextapes ? Comme les vidéos des adeptes du mouvement sex art, ne sont-elles pas aussi parfois les symboles d’une revendication libertaire, d’un désir d’émancipation et d’un refus des règles d’une soi-disant moralité, hypocrite et liberticide ?

Tags: / Category: Art

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