#BuryYourGays : c’est quoi le problème avec les lesbiennes dans les séries ?

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Ces dernières mois, une dizaine de personnages lesbiens est mort à la télévision américaine — rien que ça ! — faisant enfler la polémique autour du sort réservé aux lesbiennes dans les séries TV. Car depuis les années 70, les personnages lesbiens n’ont jamais vraiment fait long feu sur le petit écran. Environ 150 d’entre elles sont mortes, le plus souvent dans d’atroces souffrances. Et les récentes disparitions — qui ont provoqué la colère des fans sur les réseaux sociaux — n’ont pas dérogé à la règle.

Attention spoilers !

On pense tout d’abord à Lexa dans The 100 qui a pris une balle dans le ventre, ou alors à Denise dans The Walking Dead, morte d’une flèche tirée en pleine tête. Mais depuis octobre dernier, d’autres personnages lesbiens sont morts. RIP Root dans Person of Interest, Mayfair dans Blinspot, Sally dans Horror American Story, Carla dans Code Black… On continue ? La liste est longue et a très souvent obligé les showrunners de ces séries a réagir devant le courroux des fans.

Le dernier a en avoir fait les frais et à avoir du faire son mea culpa est Jason Rothenberg, showrunner de la série The 100 : “La mort de Lexa a provoqué quelque chose que je n’avais pas prévu en tant qu’homme blanc hétérosexuel. En sachant ce que je sais maintenant, j’aurais fait les choses différemment”. Surtout que Jason Rothenberg laissait entendre sur Twitter que le personnage allait s’en sortir : “Mes interactions avec les fans sur les réseaux sociaux ont donné l’impression que Lexa allait s’en sortir, je regrette la façon dont j’ai promu la série sur les réseaux sociaux”. (source : melty.fr)

Après l’épisode fatidique, le showrunner a perdu plus de 10000 abonnés sur Twitter et les audiences de la série, déjà pas bien hautes, ont décliné. Les fans de The 100 — mais pas seulement — se sont déchainés sur les réseaux sociaux et ont même créé le hashtag #BuryYouGays (que l’on traduira par #EnterreTesGays), démontrant que le sort réservé aux lesbiennes dans les séries était quasiment toujours le même, à savoir la mort.

L’organisation américaine GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation), très attentive au sort réservé aux personnages gays et lesbiens dans les médias, a également pris part à la polémique. Sa présidente a même tweeté : “Bien trop souvent, les femmes LGBT sont tout simplement tuées dans les séries télé, avec des morts qui n’ont pas vraiment de but ni de sens. Les producteurs doivent faire mieux en la matière.” (source : première.fr)

A y regarder de plus près, la présidente de GLAAD a raison sur (au moins) un point. Les morts réservées aux lesbiennes, et plus généralement aux personnages homosexuels, sont absurdes et frustrantes. Comme si ces personnages n’avaient aucune valeur ajouté. Déjà que les personnages LGBTQ ne représentent que 4% des personnages réguliers dans les séries TV, alors si en plus ils sont éliminés à la première occasion…

Car au-delà du problème que représente les disparitions brutales de personnages homosexuels, c’est celui de leur poids et de leur représentativité dans les séries TV qui est clairement posé. A croire qu’il est impossible pour une lesbienne de devenir une héroïne positive et forte aujourd’hui à la télévision. Elle doit nécessairement souffrir ou faire souffrir les autres… Disons-le clairement, ces souffrances revêtent un caractère quasi-religieux — mêlant douleur et rédemption — et poussent ces personnages à accepter de façon héroïque le sort qui leur est réservé. Le pêché étant rarement épargné…

Sauf que les téléspectateurs en ont désormais ras-le-bol et n’hésitent plus à le faire savoir. Dommage pour la télévision qui apparait en total décalage avec une société plus ouverte et tolérante qu’elle ne le pense.

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